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L'invention du terrain vague

L’invention du terrain vague
École d’architecture, Université Laval

16 février au 18 avril 2023

Lorsque le paysage est apparu en tant que genre pictural au XVIe siècle, on disait qu'il dépeignait des terrains vagues, des sites inhabités et incultes, intégrant des temples et de riches détails architecturaux. Parce que ces paysages s'écartaient des récits religieux et mythiques, ils conféraient au monde naturel une finalité propre et, en tant que tels, représentaient une nouvelle considération entre la nature, la culture et l'environnement bâti, cherchant à définir un idéal à travers la représentation d’espaces à l'abandon. Rome a incarné une figure clé dans la construction de cet idéal, comme un exemple à suivre dans la définition de ce qui compose une « bonne » ville : une ville où l’espace urbain habité se mêle aux ruines envahies par la nature. Situé aux abords du "disabitato", le Foro Romano a offert la première forme de ce que nous appelons aujourd'hui "terrain vague", incarnant l'archétype d'un paysage urbain idéal et un point de vue à partir duquel réfléchir sur l'essor, la chute et le renouvellement de la ville. 

Dessinés à la main avec une plume technique, les dessins présentés dans cette exposition tentent de repérer les archétypes du terrain vague. Le Foro Romano (la force des choses), l'Acqua Claudia (le désintérêt) et la Monte dei Cocci (l’usage) sont aplatis en compositions bidimensionnelles dans lesquelles les monuments, la flore et la faune empruntent différentes échelles, produisant une vue irréconciliable avec la situation actuelle de Rome. C’est à partir du dessin de ces trois répertoires qu’il devient possible de composer et reconstruire d’autres conditions idéales du vague-paysage, soit celles du champ, du passage et du désordre.

L’exposition présente également une série de dessins issus d’une longue investigation sur le paysage du terrain vague à Montréal. Produit entre 2016 et 2019, ce projet a cherché à déterminer ce à quoi ressemble le vague, les transformations qu’il subit à travers les usages et les saisons, pour éventuellement arriver à articuler un nouveau regard sur ce paysage singulier. Par l’entremise d’une longue accumulation documentaire, ces dessins ont cherché à transformer l’attention portée au vague, depuis quelque chose dont il faut se débarrasser ou remplir, à quelque chose que l’on accepte comme une partie prenante, positive, du paysage urbain.

Derrière ces investigations du terrain vague, mijote une exploration sur le dessin d’architecture. Représentant habituellement le mesurable et le calculable, l’élévation est ici utilisée pour altérer la perception du réel, comme le ferait un déplacement physique dans l’espace du dessin et de la ville. Ce déplacement de sens, de perception et du corps se retrouve dans la construction même des dessins : les détails s’accumulent, des accidents surviennent, pour finalement arriver à dessiner une expérience de déambulation. La précision des dessins relève de la méticulosité du processus : une grande attention doit être portée aux formes construites, aux ombres, aux objets, aux distances, à la faune et à la flore rencontrées. En incorporant l’expérience du lieu à la représentation, ces dessins proposent que le dessin d’architecture peut aller au-delà de sa spécificité technique, fixe et mesurée.